L’intervention psychologique immédiate et post-immédiate

dimanche 12 juin 2016
par  Philippe LHUILLIER

Le travail thérapeutique, en ce qui concerne l’ESPT, est plutôt centré sur « l’ici et le maintenant », un peu comme dans l’approche gestaltiste où Serge Ginger , l’a défini de la façon suivante : « contrairement à la stratégie psychanalytique traditionnelle, on n’incitera pas le patient à rechercher les souvenirs passés, à entreprendre de longue « fouilles archéologiques » et citant la métaphore de Fritz Perls (1893-1970), fondateur de la gestalt-thérapie : « Mieux vaut d’abord s’installer confortablement au « rez-de-chaussée » de sa maison et aménager sa « salle de séjour » actuelle, avant d’entreprendre un net¬toyage exhaustif des déchets accumulés dans sa cave... ce qui peut prendre de longues années, comme chacun sait ! Il sera toujours temps de la parachever par la suite, si les traces du passé restent gênantes. Mais on aura, au moins, récupéré, pour le faire, l’énergie du présent ».

L’objectif de l’intervention psychologique post-traumatique est la prévention d’une installation des troubles et de leurs morbidités suite à un traumatisme. Ces dernières années, les termes defusing et debriefing se sont largement répandus en France entre autre par l’intermédiaire des cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP).

Un defusing psychologique peut être mis en place sur les lieux de l’évènement dans les toutes premières heures qui suivent le traumatisme sur les lieux mêmes de l’évè¬nement. Il vise à désamorcer, dans les toutes premières heures, les effets du trauma psychique pour prévenir son développement vers des pathologies psycho-trauma¬tiques. Dans les jours qui suivent, plusieurs types d’accompagnement psycho¬thérapeutique peuvent être proposés : débriefing collectif, groupe de parole et débriefing individuel. Il consiste à favoriser individuellement ou collectivement la verbalisation de l’expérience vécue, tant au plan cognitif qu’émotionnel.

 L’intervention psychologique immédiate ou defusing

Dès les premières heures qui suivent l’évènement et jusqu’à 24h

Le defusing, terme anglo-saxon qui se traduit généralement par « déchoquage » ou « désamorçage », une intervention psychologique d’urgence pour des personnes qui ont été confrontées à un évènement traumatique. Le defusing répond à des besoins urgents de la victime de se sentir en sécurité, d’être protégée et accompagnée, d’exprimer son expérience (pour l’identifier) et de décharger son émotion.
Le defusing permet de repérer les différents états cliniques des patients, notamment s’il s’agit d’un état de stress dépassé ou adapté, décompensé, avec orientation possible vers une hospitalisation. Il permet également de repérer les sujets les plus fragiles à suivre.

Trois objectifs principaux gouvernent la pratique du defusing :
- Favoriser l’ouverture d’un espace de parole contenant et rassurant, espace qui se définit comme un « soin psychique immédiat » ;
- Contenir et réguler les décharges émotionnelles ;
- Ne pas dédramatiser prématurément la situation traumatogène.

Cette approche thérapeutique est assez souple. Les entretiens sont généralement de courte durée (de 10 à 30 minutes), en individuel ou par petits groupes, sur les lieux ou à proximité de l’évènement. Le soutien psychologique immédiat est aussi l’occasion d’informer le sujet et parfois son entourage, sur les symptômes susceptibles de survenir, de l’orienter vers un accompagnement social et juridique, et enfin d’évoquer avec lui l’intérêt d’un suivi psychothérapique spécialisé à plus long terme.

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 L’intervention psychothérapeutique post-immédiate ou débriefing

Entre 2 à 10 jours après l’évènement

L’intervention psychothérapeutique post-immédiate (IPPI) ou débriefing psychologique est un travail de groupe centré principalement sur la verbalisation des émotions et ressentis.

L’IPPI, qui constitue une prévention visant à réduire la probabilité d’apparition d’un symptôme psycho-traumatique, est aussi une opportunité de détecter les personnes qui nécessitent des mesures particulières de soutien (évacuation, repos, assistance psychologique individuelle, suivi psychothérapeutique au retour, etc.). Les groupes ne doivent pas excéder 10 à 15 personnes au maximum afin que chacun puisse s’exprimer.

Dans les jours qui suivent, plusieurs types d’accompagnement psychothérapeutique peuvent être proposés : debriefing collectif, groupe de parole et debriefing individuel. Deux éléments sont décisifs pour justifier le choix de telle ou telle méthode :
- Les sujets appartiennent à un groupe constitué qui a l’habitude de travailler ensemble et qui ont affronté ensemble l’évènement : cette situation est l’indication pour la pratique du debriefing collectif.
- Les sujets n’appartiennent pas à un groupe constitué : dans ce cas, mieux vaut utiliser le groupe de parole et le debriefing individuel.

Le débriefing collectif s’adresse à un groupe constitué, parce qu’il est avant tout un travail thérapeutique. Il s’adresse à un groupe de personnes qui ont été confrontées à la mort, ce qui est susceptible de créer un traumatisme psychique. Le débriefing col¬lectif est très bénéfique pour les victimes stressées, qui se sentent immédiatement soulagées et apaisées. Lorsqu’il s’agit de personnes qui vont visiblement mal, il est parfois nécessaire d’envisager aussi un entretien individuel. Il permettra au sujet de mesurer l’effet qu’a eu pour lui le débriefing collectif et de juger s’il lui est utile de poursuivre et de prévoir un accompagnement.

Si les victimes de catastrophes ou d’attentats, peuvent bénéficier d’un débriefing col¬lectif, les familles des victimes relèvent plutôt du groupe de parole. Il se distingue du débriefing collectif en cela qu’il ne suit pas un protocole précis et que les sujets ne sont pas soumis à un questionnement rigoureux. Il peut être le préalable à un débriefing individuel.

Le débriefing individuel ou collectif est une action psychothérapeutique. De ce fait elle impose que les débriefeurs soient des thérapeutes. Ce sont souvent des psychiatres et des psychologues cliniciens. Être clinicien permet de reconnaître une personne de structure psychotique qui nécessitera une prise en charge particulière.

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